Natureman

Il y a des courses que l’on prépare méticuleusement en suivant scrupuleusement son plan d’entraînement. Il y a celles auxquelles on se présente presque par hasard en récupérant le dossard d’un copain à la dernière minute. Et puis il y a le mélange des deux : les épreuves que l’on croit avoir bien préparées mais dans lesquelles il va se glisser une petite part d’imprévu.

Mon compte rendu de course du Natureman va nous emmener directement dans la troisième catégorie.

Déjà quelques chiffres, le Natureman est un triathlon longue distance (1,9km de natation, 90km de vélo et 20km de course). La particularité de cette course est qu’elle se déroule à proximité des gorges du Verdon et que le dénivelé sur le parcours à vélo est bien réel (1900m de D+). C’est donc dans cette optique que je me suis entraînée depuis plusieurs semaines. Entre les sorties vélo en vallée de Chevreuse, le rallongement des distances en course à pied et surtout les enchaînements home trainer/run, je voulais vraiment me sentir prête pour le jour J.

La photo dans Trimag 🙂

Se rendre au départ du Natureman est déjà toute une aventure en soi. Au départ de Paris, il faut prendre un train direction Aix en Provence. La montée dans le train avec le vélo et le gros sac à dos est toujours une sacrée expérience. Tous les triathlètes parisiens se sont passés le mot et nous jouons donc à un Tetris géant pour faire rentrer nos énormes pochettes à vélo dans le train sous le regard plus ou moins amusé des autres passagers. Une fois à Aix, la suite du voyage s’effectue en voiture de location. Nous avions réservé une kangoo mais on se retrouve finalement avec un gros SUV. Heureusement, je fais tout le trajet avec Solène qui a déjà participé au format S de la course l’année dernière et qui est super bien organisée. Aucun stress de ce point de vue et c’est déjà une bonne chose. Les deux heures de route passent vite et nous arrivons à Les Salles sur Verdon sous un temps radieux. C’est le seul moment du weekend où nous allons voir le soleil et pour le moment nous avons du mal à croire que les conditions météo vont véritablement se dégrader. Une fois la puce et les dossards récupérés, nous ne nous attardons pas sur place. La journée a été fatigante et nous devons encore rejoindre notre mobile-home à trente minute de route et préparer toutes nos affaires pour la course.

Solène et notre carrosse.

 

Une fois les vélos montés, vérifiés et chargés dans la voiture (merci pour le conseil Eric), on s’attaque au choix de la tenue de course pour le lendemain. Au final, on met beaucoup de vêtements dans le sac de transition car ils annoncent beaucoup de pluie et une baisse des températures. J’avoue être stressée par ce qui nous attend le lendemain mais cela ne nous empêche pas de passer une soirée super sympa avec les filles. La très bonne amie de Solène, Gaëlle, nous a rejoint. Elle ne participe pas à la course car elle a fait son premier Ironman en Italie une semaine auparavant. Son récit donne vraiment envie de se lancer sur la distance 🙂

Comme d’habitude, j’ai du mal à trouver le sommeil mais apparemment je ne suis pas la seule (n’est ce pas Océane). La pluie, ou plutôt le déluge vient me réveiller en milieu de nuit, cela promet pour le lendemain. Même pas besoin de réveil pour me lever, cela fait un moment que je tournicote dans mon lit. La pluie ne s’est pas arrêtée. On émerge les unes après les autres pour petit déjeuner. Il y a beaucoup moins de sourires qu’hier soir sur nos visages. Je crois que l’on hésite toutes plus ou moins à prendre le départ de ce triathlon mais l’air de rien chacune se prépare et nous nous retrouvons rapidement dans la voiture en direction de la course.

Nous trouvons facilement une place de parking. Sur la route, nous avons appris que le parcours vélo a été modifié. Au lieu de faire un grand tour de 90km et 1900m de dénivelé, l’organisation nous a rabattus sur le parcours du triathlon M : 50km en deux boucles et 900m de dénivelé. Cela me rassure et me booste à la fois. Si le vélo devient trop dangereux à cause de la pluie, il sera toujours possible de faire une seule boucle au lieu de deux. Pour ne pas tremper nos affaires de course, on enfile nos combinaisons de natation dans la voiture. A posteriori, c’est assez rigolo de repenser à tous ces hommes grenouilles vélo à la main et sac de transition sur le dos qui formaient une procession pour se rendre au parc à vélo plus loin dans le village.

On sent bien que tout les concurrents sont un peu désorganisés. On patauge dans la boue. Je cherche à protéger mes affaires de vélo et mes baskets de course de la pluie pour enfiler quelque chose de sec après la natation. Il manque beaucoup de concurrents. Certains ont décidé de ne faire que la natation. D’autres ont préféré rester au chaud sous la couette. Nous n’avons pas le temps de nous attarder et filons vers le plan d’eau. Les filles partent 15 minutes avant les hommes. Une petite trempette dans l’eau, histoire d’ajuster les lunettes. Je me promets mentalement de faire cette course au feeling et de m’écouter.

Le départ est donné. Nous sommes peu nombreuses et ce n’est pas du tout la baston. J’ai choisi de partir du quai en bitume plutôt que des cailloux glissants. Je me suis sans doute rallongé de 5 mètres la distance mais j’ai surtout évité la mauvaise prise d’appui sur une pierre qui peut vraiment gâcher une course. Je trouve rapidement mon rythme de croisière. Je bats des jambes non stop car je me suis trop peu entraînée en natation ces derniers temps et j’ai vraiment perdu en glisse et en technique dans les bras. La première bouée est contournée. Je suis dans un petit groupe. Les vraies nageuses nous ont déjà bien distancées mais on avance relativement bien. Déjà la dernière bouée, il doit me rester 400m à parcourir quand je sens un truc me doubler très rapidement. C’est le premier homme qui m’a déjà mis 15 minutes dans la vue.

Je sors de l’eau et marche vite pour enlever ma combinaison tout en rejoignant mon vélo. Dans ma tête, c’est toujours la grande discussion : est ce que je continue ou est ce que je m’arrête là étant données les conditions météorologiques qui nous attendent sur le vélo ? Je retrouve Camille (une vraie torpille) qui est déjà changée. Elle avait décidé ce matin de ne faire que la natation pour ne pas risquer de tomber et d’abîmer ses roues carbone mais maintenant elle regrette son choix. L’air de rien, pendant que j’ai ce petit dialogue intérieur, j’exécute les gestes répétés à l’entrainement et me retrouve à pédaler sur mon vélo. C’est la partie que j’ai travaillé ces derniers mois alors j’ai envie d’être à la hauteur.

Sourire très crispé, je devais encore être sur le premier tour.

Les choses sérieuses commencent au bout de 7km avec la montée vers Aiguines que nous devrons faire deux fois. J’applique les conseils de Stéphane : mouliner. Il pleut toujours mais globalement je me sens bien même si je me fais doubler par beaucoup de concurrents masculins. Je suis un peu déçue de ne pas voir le paysage mais je suis contente de grimper. J’arrive à Aiguines, il y a du monde pour nous encourager. Avec cette météo exécrable, c’est vraiment admirable de leur part. On m’avait prévenue, après le faux plat d’Aiguines, la grimpette allait se poursuivre encore un peu avant de basculer sur la partie descente du parcours. Je continue donc mon bonhomme de chemin. La pluie redouble d’intensité lorsque j’amorce la descente. Je suis un peu crispée sur mon vélo mais visiblement je ne suis pas la seule. Tous les concurrents sont prudents. Avec la vitesse, je me refroidis et je reprends mon petit dialogue intérieur. J’arrive à me convaincre que « oui, je vais arrêter cette course après la première boucle ». Pourtant, une fois devant la bifurcation pour le village, je n’hésite pas une seule seconde et repars pour un second tour. Je n’ai aucune douleur et maintenant je sais que le parcours n’est pas dangereux. Il n’y a donc aucune raison valable pour s’arrêter.

C’est donc reparti pour un tour. La pluie a fait place au brouillard. On n’y voit pas à 50 mètres. Je mouline dans la purée de pois. C’est assez drôle de voir les différences de tenue des concurrents qui me doublent. Certains n’ont même pas mis de veste. Je ne sais pas comment ils font pour ne pas être en hypothermie.

Je crois que c’est le moment où je dois vous faire une petite confidence pour que vous compreniez mieux mon état d’esprit sur le vélo. Ce triathlon, je m’y suis inscrite il y a déjà dix mois et je le voyais comme un objectif de fin de saison sur lequel je voulais juger de mes progrès (surtout en vélo). Un grand bonheur est venu chambouler mon plan initial car nous avons appris quelques semaines avant la course que j’étais enceinte de notre deuxième petit bundle. Comme je me sentais en forme au mois de Septembre, j’ai continué à bien m’entraîner car j’étais déterminée à prendre le départ de cette course. Deux semaines avant la course, les petites contraintes du premier trimestre sont arrivées : nausées et envies irrépressibles de sieste. Rien de bien méchant mais assez pour me faire douter sur le fait de pouvoir terminer le triathlon. C. vous dira qu’il a toujours su que je n’allais pas lâcher l’affaire. Il me connaît mieux que moi.

Vous comprenez donc mieux pourquoi je suis prudente sur le vélo. Je mouline sans me mettre dans le rouge et j’essaie de profiter malgré ce temps de chien. Et c’est exactement ce qu’il se passe sur la deuxième boucle. Je me sens bien en montée, je suis plus souple dans la descente et je relance même. Eric me double juste avant le sommet. Je lui dis que je vais m’arrêter après le vélo. En fait, je suis encore en train de jouer à mon petit jeu mental. Dans le fond, je sais pertinemment que je veux terminer mais segmenter le parcours en plus petits bouts me permet de me concentrer sur ce que je suis en train de faire sans stresser pour la suite.

Dernière ligne droite dans le village.

Le village est là. Un dernier tournant et je suis dans le parc à vélo. Machinalement je pose mon casque, retire ma veste et enfile mes chaussures. Solène vient de me rattraper. Je m’élance juste devant elle sur le parcours de course à pied. Je sais qu’elle ne devrait pas tarder à me doubler puisque ce troisième effort est son point fort. Je ne pense pas au semi-marathon à parcourir mais me focalise sur la première boucle de 10km. Le parcours qui est normalement roulant nous réserve quelques surprises. Nous sommes plus proches du Mud-Day que du trail. Certains concurrents perdent leurs chaussures dans la boue. Les miennes tiennent plutôt bien le choc. Je glisse parfois mais je ne traîne pas des kilos de glaise sous mes pieds. Nous nous faisons doubler par des concurrents qui sont déjà à leur deuxième boucle. Certains sont de vraies fusées. Je continue à bien m’alimenter. Après les petits saucissons sur le vélo, je carbure aux gels Meltonic. Je suis en terrain connu puisque ce sont les ravitos que j’ai préférés sur le MDS (voir ici). La première boucle se passe sans encombre. Un petit tour dans le village avec les encouragements des copains qui font toujours du bien avant de se lancer sur la dernière boucle.

Je ne laisse même pas le temps à mon cerveau de réfléchir. La course se termine dans 10km, que j’ai déjà parcourus une première fois. C’est à ce moment que Solène me double. Elle passe en mode gazelle et je ne la reverrai plus avant l’arrivée. De mon coté, je me concentre sur mes pas. J’évite de regarder ma montre pour ne pas trop réfléchir. Comme sur le vélo, la deuxième boucle passe plus rapidement que la première. Sans doute le fait de savoir à quoi s’attendre. Cela permet de débrancher le cerveau. Chaque pas me rapproche de l’arrivée alors je ne mollis pas le rythme. Le dernier petit « coup de cul » est à l’entrée du village. Je regarde ma montre, j’ai l’impression qu’il me reste encore 2km à parcourir alors je suis vraiment très surprise quand je vois l’arche d’arrivée. Deux concurrents se prennent la main et me doublent en passant leurs bras au dessus de ma tête. L’image est belle et j’en oublie presque que moi aussi je suis en train de franchir la ligne d’arrivée.

La chouette arrivée.

Je retrouve les copains du club qui profitent de l’incroyable ravito : que des très bons produits, le moins transformés possible. Chapeau à l’organisation. Les trifonctions ont fait place aux couvertures de survie. On se refroidit très rapidement. Eric me cède la sienne qui servira ensuite à deux autres collègues du club. C’est le moment de partager nos impressions de course. Solène est très contente de son dernier tour de course à pied car elle a pu envoyer les watts. Océane a malheureusement été victime d’hypothermie sur la première boucle de vélo. Après un petit stop chez les pompiers qui se sont apparemment très bien occupés d’elle, elle est repartie pour une boucle de course à pied. J’en connais peu qui auraient fait la même chose.

Nous repartons récupérer nos affaires au parc à vélo, accompagnées de Gaëlle qui nous aura encouragées sans relâche pendant toute la durée de l’épreuve. Gaëlle, j’espère qu’on se recroisera rapidement sur une course.

Cette course pas comme les autres pour les raisons que vous connaissez maintenant aura une place bien spéciale dans ma mémoire :
– J’y ai beaucoup appris sur mon mental et ma façon de fonctionner. C’est quelque chose que je mets dans ma boite à outils et que je n’hésiterai pas à réutiliser sur de prochaines courses.
– J’ai constaté qu’un entrainement construit permettait d’atteindre ses objectifs. Sans ces heures passées sur le vélo, je n’aurais jamais réussi à terminer ce triathlon enceinte de 7 semaines et en si bonne forme physique.
– Je suis plus que jamais convaincue que la pratique du sport pendant la grossesse est possible mais surtout bénéfique.

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