Engadin Swimrun

Décidément, sur la planète carapapatte, les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas. Début juillet, Elena m’a offert une magnifique opportunité : participer au Swimrun d’Engadin en Suisse.

Flashback :
Il y a deux ans, j’ai eu un gros accident de vélo à une semaine de l’échéance du Swimrun d’Engadin. Lors d’un triathlon sprint, ma roue a touché celle d’une concurrente, m’envoyant directement au tapis et à l’hosto par la même occasion (pour en savoir plus, j’avais écrit un article sur le sujet ici). A l’époque, j’avais appelé Elena à la rescousse quelques jours avant la course pour accompagner ma partenaire Anne sur l’Engadin Swimrun. Toujours affûtée et excitée à l’idée de se lancer dans une nouvelle aventure, elle n’avait pas hésité à me remplacer au pied levé.

Fast Forward :
Dix jours avant l’édition 2018, Elena m’appelle pour me proposer de remplacer sa binôme qui est malheureusement blessée. Je n’hésite pas une seule seconde et je saute sur l’occasion pour me confronter à cette épreuve qui me fait rêver depuis maintenant deux ans.

 

Le 8 Juillet 2018 :
Au programme 46km de course dont presque 6km de natation et 1600m de D+. Nous ne sommes pas les seuls représentants du RMA puisqu’un binôme masculin, composé de Geoffray et de Stéphane, est lui aussi de la partie. Elena connait le parcours par cœur (il s’agit de sa troisième participation) et nous a briefés sur les principales difficultés. Pour ma part, je suis stressée car je n’ai absolument pas pu m’entraîner à l’effort physique que demande une telle épreuve ni à l’altitude.

Le début de la course se passe relativement bien. Les concurrents se suivent sur une petite route de montagne. La première natation qui est très courte (moins de 300m) me voit nager comme une enclume. Cela n’est pas très rassurant pour la suite mais je me rassure en mettant cela sur le compte du stress du début de course. Le D+ continue et c’est à la file indienne que nous avançons sur un petit single track. Nous attaquons la première descente. Elle est technique et parfois glissante mais se révèle être une portion plutôt sympa, une fois la confiance dans mes pieds retrouvée.

C’est sur la portion de natation suivante que la galère va commencer pour moi. Mon métabolisme a changé avec la grossesse : alors que j’étais adepte des natations glacées, j’ai maintenant du mal à gérer l’eau froide . J’ai donc très rapidement froid et cette sensation ne me quittera plus jusqu’à la prochaine grosse montée. Comme nous enchaînons très rapidement sur une deuxième portion de natation, Elena m’encourage à courir pour me réchauffer. Je n’hésite pas à me jeter une nouvelle fois dans l’eau pour en terminer le plus vite possible avec cette sensation de « congélateur géant ». Je sors de l’eau en hypothermie. J’ai une seule envie : dormir. Nous repartons rapidement et je me surprends à fermer les yeux sur ou un deux pas d’affilés. Je lorgne les bords du chemin à la recherche d’un petit espace de verdure pour piquer un petit roupillon. C’est ce que je fais croire à mon corps alors qu’en réalité je suis bien déterminée à terminer cette épreuve. J’avale un gel et l’envie d’en découdre revient.

La prochaine alerte pointe le bout de son nez lors de la descente suivante. Mon genou me titille. Cela sent le syndrome de l’essuie-glace surement dû à mon absence de préparation spécifique (zéro trail et zéro dénivelé). Je ralentis le rythme pour ménager la monture, il reste trop de kilomètres à parcourir pour faire la maligne.

La plus longue natation (1400m) est maintenant là. Je sais que je vais avoir froid mais j’ai de la chance car Elena me prend sous son aile et tourne les bras aussi vite que possible pour nous sortir de l’eau rapidement. Nous sommes attachées par une corde et c’est elle qui mène la danse. Cela me permet de ne pas me poser de question sur l’orientation. Un coup de bras après l’autre nous avançons. A la sortie je grelote comme une feuille. Un gentil organisateur me tend son manteau pour que je me réchauffe plus rapidement. Je sais maintenant que quoiqu’il arrive nous allons terminer.

Il nous reste 400m de D+ à gravir et à redescendre avant d’attaquer la dernière natation et la dernière portion de course. Une fois de plus, je peine à me réchauffer. Nous croisons des équipes qui sont sur le retour. Un concurrent me conseille d’enlever le haut de ma combinaison pour me réchauffer plus vite. Je préfère la garder en espérant qu’elle fasse « étuve » grâce au dénivelé qui nous attend.  La même envie de dormir me reprend. Décidément, le froid et moi, nous ne sommes plus vraiment copains. Je prends un gel à mi montée et je me sens tout de suite mieux. Nous échangeons régulièrement avec Elena. Elle a compris depuis longtemps que j’étais dans le dur.

La descente est enfin là, je relance parfois mais les genoux coincent. Je me sens pourtant mieux. Nous descendons tranquillement en discutant, on se fait même quelques confidences. Nous doublons une équipe féminine sur le carreau. Malheureusement, une des filles a de gros problèmes intestinaux et est incapable d’avancer. Nous leur proposons de continuer ensemble mais elles déclinent l’offre. Quelques centaines de mètres plus bas, nous trouvons des membres de l’organisation et leurs demandons d’aller leur porter assistance. Nous apprendrons par la suite qu’elles auront abandonné. Si proche de la fin, cela a dû être vraiment difficile à encaisser.

Nous revoilà au niveau du lac. Heureusement, la dernière portion de natation est de seulement 400m. Je ne vais pas dire que cela passe vite, mais la perspective de l’arrivée la rend bien moins rude que les autres. De gentils membres du staff nous extraient de l’eau à la force des bras. Je me sens soulevée du lac sans rien faire. La sensation est plutôt agréable après avoir bien bataillée avec moi-même ces dernières heures.

J’aurais aimé courir sur les derniers kilomètres et faire honneur à ma partenaire de choc mais j’ai vraiment du mal. J’alterne course et marche autant que possible. Finalement l’arrivée se profile, un petit tour de « piste » et nous voilà finishers de l’édition 2018 d’Engadin Swimrun. Nous tombons dans les bras l’une de l’autre. Nous partageons la même émotion. Je remercie chaudement Elena de m’avoir soutenue pendant toute la course. Elle a tout fait pour me mettre à l’aise. Ce swimrun, elle l’a vécu sans pression de chrono. Ce qui comptait, c’était le plaisir d’être là, de profiter du magnifique parcours et de partager l’aventure à deux.

 

Bilan :
J’étais extrêmement heureuse sur la ligne d’arrivée. Dix jours auparavant, je n’étais même pas au courant que j’allais m’élancer sur cette course. Je trouve cela formidable que mon corps me permette de terminer ce type d’aventure sans préparation spécifique. Il est certain que j’ai plus souffert que ma partenaire. Pour elle, il s’agissait d’une promenade de santé.

J’ai clairement flirté avec des zones inconnues jusqu’à présent (hypothermie) et appris à mieux me connaitre. Je retiens le coup du petit gel lorsque l’on a froid pour donner quelque chose à « brûler » à la machine.

D’un point de vue purement sportif, j’aurais pu faire mieux. Les petits frottements aux genoux ne me gênaient déjà plus le lendemain. Le mental compte énormément dans les épreuves d’endurance. C’est une zone à travailler pour les prochaines échéances.

Pour en savoir plus sur l’extraordinaire Elena, allez faire un tour sur son compte rendu de la course ici.

Un énorme merci au papa d’Elena qui nous aura retrouvées sur de nombreux ravitos de la course et qui a toujours eu des paroles encourageantes.

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